Les
Chevaliers
de la Table
ronde

Opéra-bouffe en trois actes
Paroles d’Henri Chivot et Alfred Duru.

Musique de Louis-Auguste-Florimond Ronger dit Hervé (1825-1892).

Représenté pour la première fois le 17 novembre 1866 au Théâtre des Bouffes-Parisiens.

Version pour treize chanteurs et douze instrumentistes.

Création le 22 novembre 2015 à l’Opéra de Bordeaux avec onze instrumentistes de l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine.

Le spectacle est donné en mars 2016 à l’Opéra de Rennes en collaboration avec l’Orchestre symphonique de Bretagne.

© Lorraine Wauters

Photos

Vidéo

Biographies

Chantal Santon
Mélusine

Chantal Santon étudie le chant au CNR de Paris puis se perfectionne auprès de Margreet Honig, Florence Guignolet et Malcom Walker.
Elle s’est produite avec de nombreux ensembles, dont Il Seminario Musicale, Le Concert Spirituel, Les Arts Florissants, Amarillis, Le Concert Lorrain, Les Ombres, La Rêveuse, La Chapelle Rhénane, L’Arte del Mondo, Fuoco e Cenere, Les Musiciens de Saint-Julien, le Quatuor Galuppi, 2e2m, Les Jeunes Solistes, Faenza, Zellig… et dernièrement avec Les Siècles et François-Xavier Roth, Les Talents Lyriques et Christophe Rousset ou Le Cercle de l’Harmonie et Julien Chauvin.

Clémentine Bourgoin
Fleur-de-Neige

Elle étudie le chant au C.R.R. de Grenoble dans la classe de Cécile Fournier.
A Grenoble, elle est Marie dans Les Mousquetaires au couvent de Varney, puis Papagena dans La Flûte Enchantée de Mozart avec l’Orchestre Universitaire de Grenoble dirigé par Patrick Souillot. Elle est Cupidon et Vénus dans King Arthur de Purcell. Clémentine participe à la production du Petit Faust d’Hervé, au Théâtre Déjazet, avec l’orchestre Les Frivolités Parisiennes.

Damien Bigourdan
Rodomont

Damien Bigourdan a d’abord été formé comme comédien au Cours Florent puis au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Catherine Hiegel l’invite en 2000 à jouer à la Comédie Française (Harold Pinter) et Olivier Py dans Le Soulier de Satin. En 2003, il est engagé comme chanteur dans Le Lac d’argent de Kurt Weill, mis en scène par Olivier Desbordes. Il a depuis chanté la musique de Leoncavallo, Mascagni, Puccini, Philip Glass, Stravinsky ou Offenbach. Depuis 2010, il est membre de l’ensemble musical Le Balcon qui lui a déjà confié plusieurs rôles et la mise en scène du Balcon de Peter Eötvös. En 2015, il sera au Festival d’Aix-en-Provence dans Le Monstre du Labyrinthe de Jonathan Dove sous la direction de Sir Simon Rattle.

Manuel Nuñez Camelino
Médor

Manuel Nuñez Camelino est né en Argentine. Il entre en 2002 à l’Institut Supérieur d’Art du Teatro Colón. Il est finaliste du premier Concours « Nouvelles Voix du Teatro Colón ». En 2006, il rentre au CNIPAL(Marseille), puis il intègre l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris. Depuis il se produit en France et à l’étranger sur des grandes scènes tels que L’Opéra National de Paris, SemperOper de Dresde, Salzburger Landestheater sous la baguette de Marc Minkowski, Christian Thieleman ou Esa-Pekka Salonen.

Artavazd Sargsyan
Médor

Issu de l’Ecole Normale de Musique de Paris et de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris, Artavazd Sargsyan a déjà interprété de nombreux rôles majeurs dans Lakmé (Delibes), Les Pêcheurs de perles (Bizet), La Cenerentola (Rossini), Cendrillon (Massenet), Cosi fan tutte (Mozart). Il a travaillé sous la direction de Laurent Pelly, Jérôme Corréas, Mireille Larroche (Gluck et Humperdinck), David Stern (Mozart), et Inaki Encina Oyon (Le Consul de Menotti).

Il collabore régulièrement avec le Festival Rossini de Bad Wildbad, le Centre de Musique Baroque de Versailles et la Fondation Bru-Zane avec lesquels il donne des concerts dans toute l’Europe.

Il était cette saison à L’Opéra de Metz (Il Turco en Italia), au Teatro Bellini de Catane (Paisiello) puis Lindoro dans L’Italiana in Algeri sous la direction de Jean-Claude Malgoire à Tourcoing et au Théâtre des Champs-Elysées à Paris. Il sera en 2017 le Cid dans Chimène ou Le Cid d’Antonio Sacchini avec l’ARCAL.

Rémy Mathieu
Roland

Rémy Mathieu a été nommé révélation classique de l’ADAMI 2013. Il fait ses études au Conservatoire de Nice puis au CNSM de Lyon.
Il se produit dans West Side Story  de Bernstein dans le rôle de Tony. Il participe à de nombreux concerts autour des Passions et des Cantates de Bach. Il est également invité pour le rôle de Monostatos dans La Flûte enchantée signée Pierrick Sorin, puis il participe au Dialogue des Carmélites de Christophe Honoré.

Antoine Philippot
Sacripant

Après des études littéraires il intègre la Classe de la Comédie de Reims où il travaille avec Jean Pierre Garnier, Emmanuel Demarcy-Mota ou François Regnault.

Il rentre au TNS ( groupe 37). Sorti en 2008 il travaille avec Olivier Py, Christine Berg, Jean Michel Ribes…

Il découvre l’opéra et se passionne pour le chant grâce à Louis Bronner et Pierre André Weitz. Il commence sa formation à Vincennes auprès de Mary Saint Palais, passe par le CNSM, et obtient son DEM de chant au conservatoire de Bobigny. Il chante depuis avec Les Brigands (La grande Duchesse de Gerolstein) ou avec Olivier Dejours (Didon et Enée.).

Il fait partie depuis 2009 du Nouveau Théâtre Populaire.

Ingrid Perruche
La Duchesse Totoche

Elle est «Révélation artiste lyrique de l’année» aux Victoires de la Musique Classique. Elle prête sa voix aux rôles haendéliens tels que Poppea (Agrippina), Almirena (Rinaldo), Cleopatra (Giulio Cesare).Chez Mozart, elle incarne les personnages de Bastienne (Bastien und Bastienne), Zerlina (Don Giovanni), Susanna puis la Contessa (Le Nozze di Figaro), Pamina (Die Zauberflöte), Servilia (Clemenza di Tito)… Récemment, on a pu l’applaudir dans Pelléas et Mélisande à Rouen et Nancy, Atys à New-York, Orphée et Eurydice à Saint-Etienne, Versailles, Marseille, Bilbao et Oviedo, Les Aventures du Roi Pausole à Genève, La Vie Parisienne à Toulon, Les Fêtes de l’Hymen et de l’Amour à Washington et New York.

David Ghilardi
Amadis des Gaules

David Ghilardi ténor, est le soleil et un prince tyrien dans Cadmus et Hermione de Lully à l’Opera-Comique (2009)
Il interprète Saphir dans Barbe-Bleue d’Offenbach à l’opéra de Fribourg et à Besançon (2010). Il chante Azor dans Zémire et Azor de Grétry à l’Opéra-Comique avec Les Lunaisiens (2010).
Il joue les rôles de ténor dans L’Enfant et les Sortilèges de Ravel à la Salle Pleyel (2011).
Il interprète Don Ottavio (Mozart) en tournée avec Opéra-Eclaté (2013/2014). Il collabore pour la 4ème fois avec la compagnie les Brigands après Les Brigands d’Offenbach (le prince), La Botte Secrète de Terrasse (Hector), et La Grande-Duchesse (Krak).

Lara Neumann
Angélique

Elle étudie le théâtre aux Cours Simon et aux Enfants Terribles (1997-2001). Elle est Lucienne dans le trio  Lucienne et les Garçons et reçoit le prix Spedidam  (2003 – 2008). Elle est Félicie dans O mon bel Inconnu de R. Hahn, à l’Opéra de Rennes et Metz (2009). Elle est Aspasie dans Phi-Phi  de Christiné avec la compagnie Les Brigands (2010-2012). Elle est Fleur de souffre dans Croquefer, Théodorine dans L’ile de Tulipatan, d’Offenbach avec la compagnie Les Brigands. Elle travaille sa voix avec Raphaël Sikorski au laboratoire de la voix. Elle interprète la journaliste Anne Jouan dans le film d’Emmanuelle Bercot, La fille de Brest (2016)

Arnaud Marzorati
Merlin

Arnaud Marzorati est diplômé du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris où il obtient un Premier Prix de Chant.
Il chante un répertoire qui va de la musique baroque à la création contemporaine. Avec son ensemble La Clique des  Lunaisiens, il se spécialise dans le répertoire historique de la chanson française. Son prochain disque « Votez pour moi », sortira au printemps 2017 sous le label Aparté et fera référence, de façon ludique, aux  élections présidentielles du « Second Empire et de la 3eme république ».

Théophile Alexandre
Lancelot du Lac

Contre-ténor & Danseur contemporain, Théophile Alexandre se produit sur les plus belles scènes mondiales sous la direction de prestigieux chefs d’orchestre (Christie, Malgoire, Garrido, D’Hérin, Grapperon…), alternant grands rôles d’opéra (Orlando de Haendel, Apollo de Mozart, Speranza de Monterverdi ou Orfeo de Gluck) et Oratorios de Bach, Haydn, Pergolesi ou Vivaldi. En parallèle, il danse pour J.C Gallotta, L. Pelly et L. Scozzi ou l’Atelier Pina Bausch…
Autant d’expériences qui font de lui l’un des rares artiste au monde à mêler chant & danse à ce niveau d’excellence, comme dans Orphée, ballet lyrique des Montalvo-Hervieu, ou dans Les chevaliers de la table ronde d’Hervé.

Pierre Lebon
Ogier le Danois

Pierre Lebon débute sur scène à l’âge de huit ans à la maîtrise de l’Opéra de Paris. Très vite, il se fait remarquer et interprète des rôles solistes aux côtés d’artistes tels que Roberto Alagna, Stéphane Degout et Lambert Wilson. Il est diplômé de l’École Nationale des Beaux Arts de Lyon et de l’École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg. Dans différents ateliers de construction de décors, il se perfectionne aux techniques de la menuiserie, tapisserie, serrurerie peinture et machinerie. Il assiste de nombreux metteurs en scène, et décorateurs (Rodolfo Natale, Ramona Poenaru, Jean Guy Lecat à Broadway, Pierre André Weitz, Olivier Py…). Passionné par la danse et désireux de connaître tous les métiers de la scène, il intègre la compagnie de danse « La Verrière » en 2008 à Lyon et participe à de nombreux projets chorégraphiques avec le CND de Lyon avec lequel il signe sa première création en 2010. En 2012, il écrit et met en scène sa première pièce Carré noir, présentée à Lyon qui remporte le Prix de la jeune création.
Depuis, il participe à de nombreux projets devant et derrière le rideau de scène : il danse dans La Petite Renarde rusée (mise en sc. Robert Carsen à l’Opéra National du Rhin), il écrit et met en scène une adaptation pour enfants de l’opéra Hänsel et Gretel, il est sur scène dans Alceste où il dessine les décors en direct à l’Opéra National de Paris.

Jérémie Delvert
Renaud de Montauban

Après des études d’histoire, Jérémie Delvert intègre le CRR de Paris et se forme à l’art lyrique au sein du département supérieur dirigé par Laurence Equilbey.
Il est un des membres fondateurs de l’ensemble vocal AEDES dirigé par Mathieu Romano. Passionné par le répertoire choral, il interprète opéras, oratorios et cantates sous la direction des chefs René Jacobs, Philippe Herreweghe, Mathieu Romano, William Christie, Marc Minkowski, Jérémie Rohrer, Sébastien d’Hérin et François-Xavier Roth.
Il aborde la scène en solo avec le rôle du Père dans La Forêt Bleue de Louis Aubert, production de la Péniche Opéra, mise en scène par Mireille Laroche.
Il est régulièrement invité en tant que baryton solo dans le Requiem de Fauré, interprète le Christ dans le Saint François d’Assise de Gounod sous la direction de Patrick Marco avec Jean Guillou à l’orgue au Annecy Classic Festival, ainsi que Jésus dans le Via crucis de Liszt avec l’ensemble Aedes.

Revue de presse

Libération | Guillaume Tion
Les Chevaliers de la table ronde, opéra-bouffe où on ne mange pas, l’un des événements musicaux (surprise) de l’automne, a été composé en 1867 par Hervé, soit Louis-Auguste-Florimond Ronger (1825-1892), alias «le compositeur toqué», père de l’opérette.
Son œuvre est un mélange foldingue de poésie décalée, d’humour à double sens et de mélodies populaires aux ornementations proches de celles d’un Johann Strauss. Du bon gros bouffe, bête et fin haché dans une même farce : «Quand on dégringole l’escalier du devoir, il est difficile de se retenir à la rampe». (…) Le travail de Hervé a été exhumé des archives par le Palazzetto Bru Zane, centre de musique romantique française, fondation basée à Venise qui cherche à diffuser les auteurs hexagonaux de l’époque.

La Lettre du musicien | Clément Rochefort
Pierre-André Weitz, grand ordonnateur scénographique d’Olivier Py, est enfin sorti de l’ombre, se faisant à son tour metteur en scène, prouvant au passage une habileté remarquable dans le genre comique. Dans son petit théâtre de tréteaux aux allures de fête foraine, tout est entièrement zébré de noir et blanc, costumes compris. Conçue comme une pièce montée, sur différents niveaux progressivement dévoilés par des rideaux qui s’enroulent – on pense à ceux qui calfeutraient les vitrines des commerces de bouche dans le Paris fin de siècle – la scène se recule, rapetisse et s’élève à mesure que le niveau de quiproquos se complexifie. Mais la qualité supérieure de cette production réside d’abord et avant tout dans le parfait réglage du ressort comique : jamais la tension ne retombe, tantôt portée par le texte, tantôt par la musique, les chorégraphies et le comique de situation.  (…) Avec précision, goût et sens du style, Christophe Grapperon privilégie constamment la justesse du ton à l’esbroufe.
Les Chevaliers de la Table ronde resteront, à coup sûr, un jalon important dans l’histoire de la compagnie Les Brigands. Une compagnie qui règne en maître sur la musique légère et qui désormais, qu’on se le dise, joue dans la cour des grands !

La Croix | Emmanuelle Giuliani
Bien loin de l’héroïsme des personnages de l’Arioste ou de Chrétien de Troyes, Roland, Lancelot, l’innocente Angélique ou encore l’enchanteresse Mélusine nous en font voir de toutes les couleurs et de toutes les mélodies dans ces Chevaliers de la Table ronde, opéra-bouffe délirant créé par Hervé en 1866. On y est davantage dans l’esprit de la série Kaamelott que du Parsifal de Richard Wagner !
Pour rendre justice à ce type d’ouvrage endiablé, il faut des chanteurs-acteurs capables d’allier brillamment voix et théâtre, un chef d’orchestre monté sur ressorts mais doué également de grâce poétique et un metteur en scène virtuose : jamais le rythme ne doit fléchir, jamais la fluidité ne doit être entravée.
La compagnie Les Brigands, spécialiste des opérettes, parvient sans peine, sous la baguette de Christophe Grapperon, à faire couler à flots le champagne musical ! (…) Pierre-André Weitz signe une mise en scène agile, évocation du théâtre de foire, avec ses panneaux rayés blanc et noir du plus bel effet, ses entrées et sorties impeccablement réglées.

Télérama | Sophie Bourdais
Ressuscité par la joyeuse troupe des Brigands et le Centre de musique romantique française du Palazzetto Bru Zane, l’opéra-bouffe d’Hervé, ami et rival oublié d’Offenbach, entamait fin novembre, à l’Opéra de Bordeaux, une tournée qui s’achèvera à Rennes en mars. Plus proches de l’esprit de Labiche et des Monty Python que de celui de Chrétien de Troyes, quatre lamentables chevaliers s’y empêtrent dans une intrigue vaudevillesque et brindezingue. Habillée d’une scénographie rayée de noir et de blanc (aux couleurs du drapeau breton !), la première mise en scène de Pierre-André Weitz, habituel complice d’Olivier Py, fait plus dans le kouign-amann que dans la crêpe dentelle (le livret d’Henri Chivot et Alfred Duru, aux rebondissements volontiers grivois, n’encourage pas la demi-mesure), mais réjouit l’œil, amuse constamment et s’accorde à merveille à la musique infernale et délicieuse composée par Hervé. La transcription pour treize chanteurs et douze instrumentistes fonctionne très bien, le chef (Christophe Grapperon) veillant aux équilibres entre cordes et vents, et à ce que le tempo musical épouse la mécanique théâtrale. Sur scène, les chanteurs-comédiens s’en donnent à cœur joie.

Classic Opéra.com | Alain Cochard
Grâce au Palazzetto Bru Zane, de nombreux aspects méconnus du répertoire du XIXe ont été mis en lumière au cours des dernières années. Le « PBZ » ne s’était que peu intéressé jusqu’à présent à la musique dite légère. Jusqu’à présent, car elle constitue désormais l’un des axes de son travail d’exploration ; on ne peut que s’en féliciter.  La résurrection du Ali-Baba de Lecocq à la salle Favart en 2014 aura ainsi marqué le point de départ d’une politique qui se poursuit avec Les Chevaliers de la Table ronde (1866) d’Hervé (1825-1892). (…) Un jour ou l’autre les Chevaliers passeront près de chez vous et il ne faudra pas manquer alors un savoureux cocktail d’énergie et de drôlerie. Il rappelle que l’univers de l’opérette en France au XIXe siècle ne se réduit pas à Jacques Offenbach et qu’il est grand temps de s’intéresser de près à la production du « compositeur toqué », véritable père de ce genre musical.
Attachée à l’opérette depuis toujours, la compagnie Les Brigands avait pleine légitimité pour prendre part à une aventure à laquelle s’est associé Pierre-André Weitz (celui que l’on connaît comme décorateur d’Olivier Py signe là sa première mise en scène). A la manœuvre pour la régie, comme pour les costumes et la scénographie, Weitz se régale – et nous régale – de ce qu’Hervé désignait comme « l’une de ses meilleures partitions ».
Du Moyen Âge de pacotille du livret de Chivot et Duru, le metteur en scène ne retient qu’un minimum d’accessoires. Il préfère plonger les Chevaliers dans un univers oscillant entre le haut de forme et le jogging-baskets, le juste-au-corps et la tenue de rugby, devant un sympathique décor intemporel et zébré ; décor unique et modulable qui contribue grandement à la fluidité d’un spectacle de près de deux heures, d’un seul tenant.
La formidable équipe de chanteurs-comédiens réunie pour l’occasion en restitue tout le sel : couple haut en couleur formé par le duc Rodomont de Damien Bigourdan et l’impayable Totoche d’Ingrid Perruche (avec entrée « sur élévateur », on vous laisse la surprise…), Lara Neumann composant une Angélique aussi sotte qu’une perche à selfie, Antoine Philippot Sacripant souplement opportuniste, Merlin obséquieux enchanteur d’Arnaud Marzorati, touchant Médor de Manuel Nuñez Camelino. Belle performance aussi pour Rémy Mathieu, Roland sexy et « caillera ». Le jeune ténor dévoile un aspect méconnu d’un talent que l’on sait grand, face à la non moins convaincante Mélusine de Chantal Santon Jeffery, accent brésilien et look gothique.
Fidèle collaborateur des Brigands, Thibault Perrine a réalisé une réduction pour douze instruments de la partition d’Hervé que, non moins fidèle aux Brigands, Christophe Grapperon conduit avec le tonus, l’humour et la précision qu’on lui connaît. A déguster sans modération !

Olyrix | Damien Dutilleul
Des Brigands au sommet du burlesque
Louis-Auguste-Florimond Ronger, dit Hervé, n’est pas le compositeur le plus célèbre de la planète opéra. Bien qu’il soit considéré comme l’inventeur du genre de l’opérette, ses Chevaliers de la Table Ronde n’ont d’ailleurs pas la richesse musicale des meilleures opérettes d’Offenbach. L’intrigue, en revanche, est complexe et digne des plus grands vaudevilles. L’humour, bien mis en valeur par la mise en scène Pierre-André Weitz (scénographe attitré d’Olivier Py), est au rendez-vous. Dans une ambiance rayée de noir et de blanc, évoquant l’enfermement des personnages (et en particulier ceux du couple ducal, au centre de l’intrigue), les décors et costumes du metteur en scène sont admirablement complétés par les lumières de Bertrand Killy. Sur la scène, la joyeuse compagnie étale la richesse de ses talents : danse, mime, chant, comédie, jonglerie… tout y passe et tout s’enchaîne à merveille.
Lorsque résonne une dernière fois l’air des chevaliers (le tube tyrolien du spectacle), le public frappe les temps dans les mains, manifestement ravi d’une soirée réjouissante.

Diapason Mag | Jean-Philippe Grosperrin
La geste arthurienne déboulonnée, les héros de l’Arioste déboutonnés, mais Hervé délivré… de sa réduction à Mam’zelle Nitouche. En remettant en selle cet opéra-bouffe de 1866 (ici mâtiné d’emprunts à la version remaniée de 1872), la Compagnie Les Brigands et le Palazetto Bru Zane font goûter l’invention délectable de ce rival malheureux d’Offenbach, de sa musique tout ensemble efficace et raffinée, dans la grimace burlesque ou dans l’allusion grivoise, comme dans la parodie plus artiste du genre noble et des tableaux du grand-opéra.
Les contraintes de maniabilité qu’impose la tournée du spectacle entraînent une scénographie simplifiée (adieu la dérision du pittoresque romantique) et une transcription pour douze instrumentistes : ce qu’on perd en coloris et en contrastes de l’écriture originale se compense en traits et en pointes sous la direction de Christophe Grapperon, agrégeant des échos ironiques de Carmen ou des Pêcheurs de perles.

Opéra Magazine | Michel Parouty
Lancelot, Amadis, Renaud, Roland ils sont de retour. Mais ces preux n’ont que peu à voir avec ceux qui peuplèrent l’imaginaire des foules avides d’aventure et de romanesque.
Le livret de Chivot et Duru (un duo auquel on doit également Les Cent Vierges pour Lecocq, La Mascotte pour Audran et quelques offenbachiades, comme L’Ile de Tulipatan, Madame Favart et La Fille du tambour-major) exploite habilement l’anachronisme, le calembour, le coq-à-l’âne – nul doute que le «compositeur toqué», qui écrivait aussi, a mis la main à la pâte. Comme le dit sa dénomination, cet «opéra-bouffe» baigne dans la cocasserie la plus délirante, quitte à manquer de s’y noyer. On connaît bien Pierre-André Weitz décorateur, scénographe, costumier, peintre. Pour l’occasion, il prouve également ses talents de metteur en scène, signant une jolie réussite.
On sait son goût pour le noir et blanc, décliné ici, entre autres, sous forme de rayures – un décor zébré qui se transforme au gré des situations, exploitant largement l’espace, y compris la profondeur de champ. Les costumes sont séduisants et drôles.
Au travers du comique le plus débridé, on retrouve quelques-uns de ses thèmes favoris, l’amour, le désir, le sexe, la mort – l’un des personnages, pendant l’Ouverture, traîne derrière lui un squelette, et une immense toile peinte représente une foule dense dominée par la Grande Faucheuse, son instrument à la main ; mais Pierre-André Weitz arrive toujours à renouveler son propos et à éviter le vulgaire, tout en flirtant avec le scabreux. Il est vrai que, derrière le rire d’Hervé, peuvent se cacher bien des obsessions.
Le plus bluffant, toutefois, c’est ce que Weitz obtient des comédiens/chanteurs qui, entre acrobaties, mime, danse, expression corporelle, sont mis à rude épreuve sur un rythme échevelé.
Sans parler du travail sur le texte pour lequel sont utilisés intensité, volume sonore, articulation, rapidité du débit, couleurs, tous les paramètres qui font vivre une phrase et sont le fruit d’un labeur approfondi.
Est-ce le prélude à une reconnaissance d’Hervé et à son retour à l’affiche, lui qui fut toujours à la traîne derrière son rival Offenbach et qui fit bien mieux que la gentille mais un peu mièvre Mam’zelle Nitouche ? Ce ne serait que justice.

Opérette | Didier Roumilhac
Jamais repris depuis leur double création (1866-1872) Les Chevaliers de la Table Ronde de Hervé vus par Pierre-André Weitz (scénographe d Olivier Py) sont un vrai film burlesque ou tout est mouvement, métamorphose, magie.
L’esthétique du décor a tréteaux modulables y contribue. Il suffit de quelques objets (un plumeau, une fraise, une échelle, etc.) pour aller à l’essentiel et à l’éclat de rire, d’une cavalcade (un zèbre anthropomorphique des tableaux qui virevoltent) pour dire l’illusion des choses.
Le chant et la musique sont eux aussi à la fête. Dans le mot opéra-bouffe, il y a d abord opéra (les gammes rossiniennes ne sont pas loin, tout comme les chromatismes wagnériens) et bien sur bouffe (regard ironique porté sur le premier terme), les deux versants formant un univers cohérent. Mélusine et la duchesse Totoche font figure de véritables cantatrices. La voix de Chantal Santon-Jeffery donne à la magicienne Mélusine des accents lyriques et un beau phrasé, tandis qu’lngrid Perruche est une interprète éloquente et une vraie « présence » pour détailler l’aria « Ah ! Dans ma poitrine palpitante ».
Ces Chevaliers de la Table Ronde sont partis pour une belle aventure si I on en juge à l’accueil très chaleureux que leur a réservé le public bordelais.

Resmusica | Victoria Okada
L’œuvre est réalisée avec grand soin, à commencer par la transcription de Thibault Perrine. Tout en conservant le nombre important de chanteurs, il confère à la partie orchestrale une légèreté aérienne en même temps qu’une consistance, avec seulement douze instrumentistes, donnant l’illusion qu’ils sont plus nombreux. Tous les chanteurs excellent dans l’art du théâtre. La performance des rôles principaux est particulièrement remarquable : le double talent de chanteur et de comédien de Damien Bigourdan, en tant que Rodomont, est surprenant ; Ingrid Perruche est une duchesse Totoche « vraisemblablement semblant » comme aurait dit Hervé; Arnaud Marzorati accentue encore son génie comique dans le saugrenu, avec le rôle de Merlin; Manuel Nuñez Camelino en Médor fait preuve de grande envolée vocale solaire; Lara Neumann a une diction parfaitement claire, doublée d’un timbre et d’une projection tout aussi limpide. Les caractères ridicules des quatre chevaliers, la naïveté maligne de Sacripant, l’ambiguïté de la personnalité de Mélusine, Fleur-de-Neige dans la peau d’une femme de chambre, sont aussi joués et chantés avec excellence.

Le Figaro | Thierry Hillériteau
Au royaume des princes de l’opérette, il y a le grand Jacques et le petit Hervé. Le premier, connu sous le patronyme d’Offenbach, donna au genre ses lettres de noblesse, tant chez nous qu’outre-Rhin. Le second – de son vrai nom Louis-Auguste-Florimond Ronger -, en signa l’acte de naissance. Et ça n’est pas rien ! Qui plus est de la part d’un simple organiste, qui n’attrapera le virus du théâtre musical qu’après s’être hissé sur les planches par nécessité comme acteur de «complément».
S’attaquer à cet alpha immémoré de la légèreté à la Française, la troupe des Brigands, née sous le signe d’Offenbach, en rêvait depuis des lustres. Il aura fallu attendre que leur route croise celle du Palazzetto Bru Zane, centre de musique romantique française basé à Venise, pour que le rêve devienne réalité.
Que trouve-t-on donc sous la table héraldique croquée par Ronger ? Une princesse plus grasse que gracieuse, prête à vendre les joyaux de la couronne contre quelques dentelles. Quatre chevaliers plus « ronds » que la table où ils siègent. Un enchanteur qui n’a pas grand-chose de magique… Dans cet univers d’une étonnante modernité, perdu quelque part entre « Les Reines du shopping » et la série Kaamelott, l’humour bruyant et perché des Robin des bois ou l’absurdité des Monty Python, Hervé déploie son sens de la dérision, ses indéniables talents de mélodiste (les ensembles sont de pures merveilles), et surtout son goût du pastiche. C’est que ce digne élève d’Auber, qui aurait gagné la sympathie de Wagner en personne, ne manque pas de métier. Véritable comédien chanteur, il lègue ici une œuvre parfaitement équilibrée entre parties chantées et dialogues parlés.
C’est toute la gageure pour la troupe des Brigands, guidée par la baguette de l’électrique Christophe Grapperon et la direction d’acteurs énergique du metteur en scène Pierre-André Weitz, qui doivent faire ressortir la modernité d’un texte dont on n’a presque rien changé.
La distribution convoquée, qui réunit quelques-uns des meilleurs acteurs chanteurs d’aujourd’hui (Arnaud Marzorati en Merlin, Ingrid Perruche en Duchesse Totoche ou Antoine Philippot en Sacripant), est à la hauteur des ambitions de la production. Et répare l’injustice faite à Hervé, dont la carrière s’éteint au terme d’un procès pour détournement de mineur, dont le bien fondé n’a jamais été prouvé. D’aucuns prétendront qu’il s’agissait d’une machination d’Offenbach pour le faire interdire des théâtres nationaux.

INSTRUMENTISTES

Violon 1 : Pablo Schatzman ou Vanessa Ugarte
Violon 2 : Clara Abou ou Anaïs Flores
Alto : Laurent Camatte ou Vincent Debruyne
Violoncelle : Annabelle Brey ou Jérôme Huille ou Grégoire Korniluck
Contrebasse : Simon Drappier ou Benjamin Thabuy ou Antoine Sobczak ou Marie Van Wynsberge
Flûte : Boris Grelier ou Charlotte Bletton ou Mathilde Calderini ou Yoann Couix
Clarinette : François Miquel ou Christian Laborie ou Rozenn Le Trionnaire
Basson : Yannick Mariller ou Audrey-Anne Hetz
Cor : Takénori Némoto ou Pierre Rougerie ou Camille Lebrequier
Trompette : André Feydy ou Marc André ou Vincent Mitterrand
Percussions : Eriko Minami ou Othman Louati
Piano : Nicolas Ducloux ou Christophe Manien
Direction musicale Christophe Grapperon
Transcription de la partition Thibault Perrine
Mise en scène, costumes et scénographie Pierre-André Weitz
Assisté de Victoria Duhamel, Mathieu Crescence & Pierre Lebon
Chef de chant Nicolas Ducloux
Lumière Bertrand Killy
Travail corporel Iris Florentiny
 et Yacnoy Abreu Alfonso

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Mélusine Chantal Santon
Fleur-de-Neige Clémentine Bourgoin
Rodomont Damien Bigourdan
Médor Manuel Nuñez Camelino ou Mathias Vidal ou Artavazd Sargsyan
Roland Rémy Mathieu ou Samy Camps
Sacripant Antoine Philippot ou Flannan Obé
La Duchesse Totoche Ingrid Perruche
Amadis des Gaules David Ghilardi
Angélique Lara Neumann
Merlin Arnaud Marzorati
Lancelot du Lac Théophile Alexandre
Ogier le Danois Pierre Lebon
Renaud de Montauban Jérémie Delvert
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Production déléguée Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française
Production exécutive Compagnie Les Brigands
Coproduction Opéra de Reims | Le Centre des Bords de Marne – Le Perreux | La Coursive – scène nationale La Rochelle
Décor fabriqué par les ateliers de l’Opéra de Reims
Avec le soutien d’ARCADI en Île-de-France, la SPEDIDAM et l’ADAMI
Avec l’aide de la DRAC Île-de-France
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Crédit photos Lorraine Wauters